Il était une fois dans une forêt magique, un vieux mage ridé qui arpentait son potager en quête d'inspiration. Il passa et repassa devant la ciboulette, s'accroupit près de la lavande, déclama des inepties à ses courgettes. Rien. Le vide.  Il continua à ruminer son manque d'inspiration comme cela des heures durant. Il était pourtant doué, sa réputation était derrière lui. Oui, bon, c'est vrai elle était déjà très loin derrière lui. Il n'avait plus rien fait de bien magique depuis… depuis… (quarante plus deux et je retiens sept moins l'âge du capitaine en binaire…) fort fort longtemps. Mais ce mage là était quand même le grand mage blanc Cornélius Mimosa, l'illustre ensorceleur qui lança le sortilège ultime de téléportation à contingence, excusez du peu. (Oui c'est un sort qu'il est trop tellement bien que tu voudrais le même pour noël mais tu ne peux pas) J'vous raconte même pas les diplômes magiques qu'il a sur ces murs c'est à faire pâlir de jalousie Merlin, Gandalf et la sorcière maléfique de Blanche Neige réunis. Et là Cornélius le gris était en panne d'inspiration entre sa ciboulette et sa lavande qui séchait au soleil les doigts de pieds en éventail en écoutant du Métal sur son Mp3.  Autrefois il était celui que tous les rois maudits, riches et mégalomanes s'arrachaient, aujourd'hui il cultive des salades dans une sombre forêt magique quelconque. Il lui fallait retrouver l'inspiration du géni créatif de la magie. Mais rien. Sa dernière tentative avait essuyé un effroyable flop. De mage blanc il était passé à mage gris. Comme si il avait utilisé une poudre à lessiver corrompue dont les enzymes actifs étaient en grève et allaient manifester loin de là avec des banderoles virulentes et des revendications syndicalistes digne de la colère noire des ménagères en période de solde sur les fours à micro ondes. Après cet incident, il perdit toute crédibilité, même pour faire de la vente d'encyclopédie au porte à porte.  Il avait officié depuis tant d'années, il avait lancé tant de sorts, du plus banal au plus pyrotechnique, il était plus qu'un mage, il s'était même élevé au rang d'artiste, tant ses formules étaient à la fois ingénieuses, complexes, et poétiques. Mais voilà, en 250 ans, il en faut toujours plus pour épater la galerie et le coup de la boule de feu qui se transforme en phénix et qui réduit gentiment un bon gros village bien gras en un petit tas de cendres fumantes, ça n'impressionne plus personne. Il se retrouva donc au chômage. Ce qui à l'époque revenait à vivre en ermite au fond des bois à cultiver des plantes médicinales et des légumes verts. Quand soudain une inhalation subite de verveine illumina son esprit, il avait trouvé! Le voyage temporel. Il rentra donc dans sa chaumière, mît une grosse marmite sur le feu qu'il alimenta de bûches en véritable érable acrobate, il prit sa plume de griffon fraîchement taillée, et s'enfuit dans une masse informe de grimoires. Il passa deux jours enfermé dans sa bicoque miteuse où la cheminée fumait des évaporations multicolores. Des bruits étranges perçaient ça et là le silence des bois, effrayant au passage un grisly affamé et une tribu de fourmis rouge communiste qui sacrifièrent un tamanoir sur l'autel du grand dieu des fourmi (un jour je conterais le culte de Garnon le dieu fourmi, mais pas maintenant car nous sommes sur le point de découvrir ce qu'un vieux mage gris ravagé du ciboulot concoctait au fond des bois). Cornélius, les doigts plein d'encre touillait dans son chaudron, son fidèle bâton magique à la main, la potion prit une teinte dorée flamboyante. Il était prêt. Un quart d'heure plus tard il sortait de sa chaumière, une fiole à la main, son bâton dans l'autre et un bout de parchemin dans la troisième (enfin à un détail près car il n'avait que deux mains). Il se planta raide comme un piquet devant un vieux chêne, dispersa le contenu de la fiole en cercle au tour de lui et se mit à réciter la formule. Et dans un éclair lumineux vert il disparu. Pouf. Envolé. Trois lunes durant on ne le revit plus. Les fourmis glorifièrent leur dieu comme des adoratrices en transe en dévalisant la chaumière de toutes les réserves de provision qu'on aurait pu y retrouver. Les mauvaise herbes s'emparèrent du potager en attaquant sauvagement la ciboulette avec une barbarerie végétale sans nom. Et un jour il réapparu, devant le chêne, une paire de lunette de soleil sur le nez. Il constata la forêt avec gravité, soupira et s'enferma à nouveau dans sa chaumière en jurant à qui pouvait l'entendre (même le grisly du coin) que jamais plus on ne le reprendra à voyager dans le temps.  Peu après il reprit une vie paisible à cultiver gentiment sa ciboulette qui lui voua un amour immodéré depuis qu'il la délivra des mauvaises herbes barbares. Ce qu'il vit pendant son voyage, jamais on ne le su. On pourrait cependant croire au vue de l'artéfact que représentait les lunettes de soleil qu'il s'était rendu quelque part dans le vingtième siècle et qu'il ait témoigné de l'horreur d'une réalité infâme qui le terrifia, à savoir : un jour les hommes se débrouilleront très bien sans magie. Et qu'à cette idée, il préféra tout de suite prendre une retraite paisible au fond d'une forêt. Mais tout cela n'est que supposition.

Moralité : mettez face à face un grand mage et une armée sanguinaire il vous créera une pluie de feu, mettez le même mage face à un aspirateur il avouera sa défaite. Conclusion, l'électroménager est le plus fort.